Thérèse Humbert et l’escroquerie du siècle

Durant les temps des fêtes, je lisais à temps perdu une vieille revue d’histoire et je suis tombé sur un article décrivant une histoire autant invraisemblable qu’intriguante: pendant 20 ans, une certaine Mme Thérèse Humbert et son mari, Frédéric, ont vécu dans le plus grand luxe imaginable à partir de fortes sommes d’argent empruntées sur la base d’un très riche mais fictif héritage. Qui est cette Thérèse Humbert ? Comment a-t-elle pu réussir un si grand coup? Mais plus important encore, comment a-t-elle été rattrapée par les faits? En a-t-elle appris quelque chose?

En creusant un peu plus, je suis tombé sur un autre article qui complétait bien l’histoire et le portrait de qui était Thérèse Humbert. Ce que je vous partage dans cet article est un résumé principalement de ces deux articles, qui en valent bien la lecture: 1) La grande escroquerie de Thérèse Humbert l’héritière aux cent millions, par Gilbert Guilleminault et Yvonne Singer-Lecocq, dans Historama, numéro 304, mars 1977, pp. 101-106. 2) Qui était Thérèse Humbert, la reine de l’escroquerie ? par Gautier Demouvaux, l’Édition du soir, Mardi 9 février 2021 (en lien).

Appris jeune à tricoter le mensonge et le subterfuge…

Mme Thérèse Humbert, née Marie-Thérèse Daurignac, a vu le monde en 1855 à Aussone, près de Toulouse. Pour améliorer leur situation de vie, son père était bien entreprenant, mais pas toujours de façon intègre… L’idée d’être promis un héritage pour tirer avantage des gens, elle l’a tiré justement de lui. En essayant de s’avancer dans la vie et vivre au-delà de leurs moyens, il s’amassait des dettes. Une manière de retarder les créanciers était de réclamer qu’il était l’héritier d’un riche oncle américain. Il cherchait même, avec une liasse de parchemins, à donner à ses créanciers une preuve visible de l’héritage qu’il attendait de pouvoir toucher. Le problème était la lenteur proverbiale de la justice, qu’il disait.

Dieu dit: « Honore ton père ou ta mère » (Ex. 20:)

Il veut qu’on apprenne d’eux ce qu’on peut, mais ce n’est pas pour les imiter dans leur mal. Car il dit aussi:

« Ne soyez pas comme vos pères et comme vos frères,
qui ont péché contre l’Eternel… »

(2 Chron. 30:7).

Thérèse, pour sa part, semble très tôt vouloir suivre son père dans le tricotage de mensonge et de subterfuge. Lors de son procès bien plus tard, un témoin qui la connaissait dans son enfance disait d’elle: « Elle ment comme l’oiseau respire ». Dans son adolescence, elle persuade ses amies de mettre en commun leurs bijoux afin de faire croire à leurs prétendants qu’elles sont riches.

Ce n’est pas pour rien que Dieu dit:

« L’enfant laisse déjà voir par ses actions
Si sa conduite sera pure et droite. »

(Prov. 20:11)

Tromper pour bien marier

Les années passent et Thérèse continue son tricot de sournoiseries. Cette fois, c’est pour bien marier, dans une famille bourgeoise. Une famille du coin est la famille Humbert, dont le père Gustave est procureur général à la Cour des Comptes, et aussi sénateur. Quand son fils Frédéric lui exprime son désir d’épouser Thérèse, le père s’oppose. Mais Thérèse va trouver un moyen d’avoir ce qu’elle veut. Comme nous le raconte Gautier Demouvaux, « Pour donner des arguments à son prétendant et convaincre son futur beau-père, elle invente alors une histoire et raconte qu’elle est l’unique héritière d’une vieille cousine célibataire, propriétaire du château de Marcotte, dans le Gers. Mourante, cette dernière est sur le point de lui léguer toute sa fortune. ‹ Le jeune avocat et le savant professeur y crurent, mais une fois le mariage célébré, il fallut se rendre à l’évidence : l’âme charitable de Marcotte n’existe pas et l’argent que Thérèse avait fait miroiter est tout aussi chimérique, précise Frédéric Chauvaud. Pour le fils de Gustave Humbert, la duperie ne se prolongera guère. Son rêve écroulé, il se réveillera complice. Pénétré d’admiration pour la magicienne qui l’a pris dans ses filets, il se fera son servant, son associé… › »

Frédéric Humbert, Conseiller général et député de Seine-et-Marne de 1885 à 1889

Le début de l’escroquerie du siècle

Après quelques temps, le jeune couple déménage à Paris et le tricotage du mensonge et de la subterfuge se met alors en deuxième vitesse. Pour se monter dans les milieux sociaux, Thérèse fait courir le bruit qu’elle serait l’héritière d’un riche américain qui vient de mourir. Un certain Robert Henry Crawford. Elle lui aurait sauvé la vie, selon ce que certains entendent. D’autres, qu’il serait son vieux parrain.

Ces bruits qui courent ne rendent pas plus riche pour l’instant le jeune couple, sauf que l’entrée en scène du beau-père tombe à pic. Le beau-père, n’étant pas n’importe qui — il est non seulement, comme on l’a dit, sénateur et procurateur général de la Cour des comptes, mais il est aussi à ce point ministre de la Justice — sa demande de consultation au Pr Accarias, l’un des plus célèbres juristes internationaux ne passe pas inaperçu. « Il connait tous les détails de la succession. Il a même découvert une erreur de 600 000 F dans les comptes fournis à ses pauvres enfants. » [Historama, Thérèse Humbert, p. 102]. Qu’il était en connaissance de cause, ou lui-même dupé, on ne sait.

Alors, commence à accourir nombre d’investisseurs qui flairent une bonne affaire, un gain facile, qui, en échange d’un intérêt élevé sont prêts à prêter de fortes sommes d’argent à la pauvre dame qui ne peut pas encore toucher à son héritage…. C’est ainsi qu’à partir de 1883, Thérèse et Frédéric commence à vivre la belle vie, dans les plus hautes classes sociales de Paris.

Il faut dire que les deux parties s’attirent mutuellement comme les deux pôles d’un aimant. Car autant les prêteurs recherchent à offrir leur « service », que Thérèse et Frédéric Humbert recherchent à se faire offrir ce « service ». D’un côté comme de l’autre, le but est de pouvoir profiter autant que possible de l’autre. D’un côté comme de l’autre, c’est l’amour de l’argent qui motive.

Dieu dit:

« Car l’amour de l’argent est une racine de tous les maux »
1 Tim. 6:10

Pour pouvoir emprunter, il faut quand même des moyens pour nourrir la crédibilité (ou devrais-je dire la crédulité?), surtout pour faire retarder les choses, et faire durer le mensonge. Les moyens astucieux sont complexes et variés, mais en voici quelques traits:

  • Une complication légale est créée, quand l’histoire est tricotée que le riche défunt, Mr. Crawford, a signé deux testaments le même jour: un qui établit Thérèse Humbert comme seule héritière, un autre qui désigne l’héritage comme devant être distribué un tiers à Thérèse Humbert, un autre tiers à la soeur cadette de Thérèse et le dernier tiers aux deux neveux (Robert et Henri) du défunt. Les deux neveux Crawford sont en fait inexistants autant que l’oncle, mais ces deux personnages fictifs vont être utilisés pour retarder sans cesse le versement de l’héritage. Au début, les deux neveux de New York signent un accord que, en échange de 6 millions de francs, ils renoncent à leur héritage, puisqu’ils se rendent à l’« évidence » que la justice va finir tôt ou tard par reconnaitre la légitimité de Mme Humbert comme seule héritière. Après un certain temps, ils reviennent sur cette entente, ce qui permet aux Humbert de faire appel à la cour pour trancher sur la question à savoir si c’est admissible de revenir sur une telle entente. La cour tranche et juge en faveur de Thérèse Humbert. Voilà donc une tournure des plus ironiques: « Grâce au génie de Thérèse, grâce au talent procédurier de Frédéric [il est avocat de formation], un tribunal vient donc de condamner deux personnes qui n’existaient pas à abandonner à une troisième, Thérèse Humbert, 100 millions qui n’existent pas davantage. » [Historama, p. 103]. Ensuite, par courrier, les deux frères Crawford font appel tour à tour aux décisions juridiques qui se suivent lentement à travers les années.
  • Les deux frères Crawford, pour nourrir le réalisme, surtout quand les créanciers se font un peu inquiets, viennent en visite parfois à Paris. Ce sont les deux frères de Thérèse qui jouent le rôle. Un peu de déguisement, un accent américain, des visites furtives où il n’y a que quelques personnes qui les voient de loin… L’engrenage est bien huilé.
  • Tôt dans l’histoire, un coffre fort est installé dans l’hôtel qu’ils se sont achetés, et des liasses de bons, 100 millions en titres de rente française, qui auraient été confiés par M. Crawford en dépôt à Mme Thérèse, selon le document qu’elle fait valoir. Quand il devient nécessaire de se donner de la crédibilité sur ce que contient le coffre-fort, ils ne lèsent pas sur les moyens astucieuses. Ils s’assurent premièrement que les quelques personnes qui sont permises à l’occasion de voir les liasses cachetées de cires rouges soient satisfaits sans devoir les voir de trop près. Quand les liasses doivent être vus de plus près, ils vont jusqu’à acheter pour 48 heures quelques vrais titres, assez pour en mettre un sur le dessus de chaque pile — pile qui ne sont constitués pour le reste que de feuilles blanches, vous l’avez deviné.
  • Quand les premiers investisseurs s’impatientent trop, ils les remboursent avec l’argent qu’ils empruntent de nouveaux prêteurs.
  • Puisque la réputation du père est sans défaut, nombre de ses amis hauts placés ne soupçonne aucun problème, et s’enlignent avec l’histoire, ce qui en soi nourrit la confiance chez les prêteurs.

Gustave Humbert, 1822-1894
Ministre de Justice 30 janvier – 7 août 1882
Sénateur 1875-1894

Les péchés rattrapent.

Dieu dit :

« Sachez que votre péché vous atteindra. »
(Nombres 32:23)

« Les péchés de certains hommes sont manifestes, même avant qu’on les juge, tandis que chez d’autres, ils ne se découvrent que dans la suite. »
(Nombres 32:23)

C’est facile de se dire que le péché en vaut la peine quand ça semble avoir marché dans le passé. Peut-être a-t-elle pensé que son père s’en était bien tiré avec son histoire d’héritier. Peut-être qu’elle a conclut que sa tromperie pour se marier à Fréféric avait été gagnant. Mais ces impressions sont faussées, car Dieu assure que parfois, même souvent, vu sa patience, il y a un délai entre les péchés et les conséquences. Mais Dieu assure et avertit que tôt ou tard nos péchés finiront par nous rattraper.

C’est finalement, d’une manière quasiment anodine que les péchés des Humbert et des Daurignac commence à les rattraper. Un des créanciers ayant fait faillite, c’est le liquidateur judicier du nom de M. Duret qui pose une question qui va commencer à défaire tout le travail de tromperie qu’a tricoté Mme Humbert. Sa question est quasiment banale : Quel est le domicile légal des deux frères Crawford? (Ça n’avait pas été encore demandé, en vingt ans !) Comme vous pouvez vous imaginer, l’adresse de 1202 Broadway, New York, que lui donne Mme Humbert ne correspond pas, ce qui nourrit la méfiance et enchaine des tentatives de vérification, culminant avec un des créanciers qui dépose un référé, réclamant la mise sous séquestre des titres de l’héritage.

Pris par son propre jeu.

Dieu dit:

« Celui qui creuse une fosse y tombe, Et la pierre revient sur celui qui la roule. »
(Prov. 26:27)

Ironiquement, Thérèse Humbert avait été si bonne et si convaincante dans ses sournoiseries que c’était son propre avocat, celui qu’elle s’était choisie pour la défendre, qui, par sa confiance de fer en sa cliente, a tout ruiné sans le savoir :

« Thérèse Humbert est défendue par le bâtonnier Du Buit, une des personnalités les plus respectées du barreau. Ce grand avocat est évidemment persuadé de la bonne foi de sa cliente. Sa conviction est si profonde qu’il n’hésite pas dans sa plaidoirie à proposer, à titre transactionnel, l’opération même que Thérèse a su si longtemps éviter : l’inventaire régulier de l’héritage. Le plaignant accepte et le président décide que le 9 mai 1902 — dans trois jours –, à deux de l’après-midi, le coffre-fort de l’avenue de la Grande Armée sera inventorié…. » [Historama, p. 105]

Le château de carte s’écroule

Bien sûr, Thérèse et Frédéric, ainsi que les deux frères Daurignac, savent que leur beau jeu est fini, et fuient pour l’Espagne le 7 mai au soir.

Quand le 9 mai 1902 à 14h, Me Lanquest et sa suite viennent pour ouvrir le coffre, on leur dit que les Humbert sont en chemin depuis leur autre résidence. Ils attendent vainement, jusqu’à ce que finalement le procureur de la République ordonne l’ouverture forcée du coffre-fort. On y trouve qu’un vieux journal, un sou et un bouton de culotte….

Arrêtée à Madrid, en Espagne…

Procès et comble

Avec un mandat international émis à son attention, une voisine en Espagne la reconnait et elle et sa famille sont arrêtées, extradées, et livrées à la justice française. Jugés coupables, elle et son mari écope de 5 ans de prison. En apprend-elle quelque chose?

Apparemment non, car au lieu d’avouer les choses durant le procès, elle ne fait que transformer l’histoire. Le tricotage continue dans un autre sens maintenant. M. Crawford n’était pas un homme imaginaire, seulement, ce n’était pas son vrai nom. Elle réclame que c’était Edmond-Vital-Victor Régnier qui, ayant négocié la capitulation de Metz en 1870, l’aurait fait en trahison pour le prix des fameux 100 millions dont elle se disait être l’héritière désignée. Comme disait l’historien Chauvaud: «  Outre l’énormité de cette révélation, pitoyable pirouette, Régnier n’était pas mort à la date supposée du testament… »

Thérèse Humbert et Maître Henri Robert, 1903. (Illustration : Wikimédia Commons) Selon l’Ed. du soir: « Malgré les accusations et ses déclarations contradictoires, celle qu’on appelle maintenant « la grande Thérèse » séduit une partie des jurés. Cerveau de l’escroquerie, elle s’en sortira avec seulement cinq ans de prison. Une peine très légère au vu des circonstances. »

Quoi que nous ne savons pas grand chose de la fin de sa vie, nous pouvons espérer qu’un jour, devant Dieu, elle se soit réellement repentie de ses péchés et de ses voies mensongères.

Peut-être qu’il n’y a pas beaucoup de personnes dans ce monde qui sont autant mensongères que Thérèse Humbert dans l’amplitude de ses escroqueries, mais la Bible nous dit que nous suivons tous par nature des voies tortueuses.

« Le cœur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant : Qui peut le connaître ? »
(Jérémie 17:9)

« Nul ne se plaint avec justice, Nul ne plaide avec droiture ;
Ils s’appuient sur des choses vaines et disent des faussetés… »
(Esaïe 59:4)

Nous vivons dans une société qui considère le mensonge comme un péché mignon, et la plupart des gens se tricotent toutes sortes d’accroires, tout en se satisfaisant qu’ils ne mentent pas au même degré qu’une Thérèse Humbert.

Mais Dieu nous dit que le mensonge n’est pas un péché mignon. De la nouvelle Jérusalem, il est spécifiquement dit:

« Il n’entrera chez elle rien de souillé, ni personne qui se livre à l’abomination et au mensonge… »
(Apocalypse 21:27)

« Dehors les chiens, les enchanteurs, les impudiques, les meurtriers, les idolâtres, et quiconque aime et pratique le mensonge ! »
(Apocalypse 22:15)

C’est Satan qui est le père du mensonge. Jésus a dit:

« Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui. Lorsqu’il profère le mensonge, il parle de son propre fonds ; car il est menteur et le père du mensonge. »
(Esaïe 59:4)

« Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l’étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort. »
(Esaïe 59:4)

Si Dieu nous confronte dans nos voies tortueuses, c’est par amour, pour nous appeler à la repentance et à la foi en Christ. Il est le chemin, la vérité, et la vie (Jean 14:6). Christ veut nous sauver de nos péchés et de nos mensonges, pour se faire un peuple purifié par lui, intègre et droit. Il l’a fait pour moi, Il peut le faire pour vous.

Dieu ne veut pas que nous soyons de ceux qui périssent éternellement parce qu’ils n’ont « pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvé » (2 Thess. 2:10). Dieu enverra à ceux-ci « une puissance d’égarement, pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice, soient condamnés. » (2 Thess. 2:11-12)

Soyons de ceux qui admettent les faits, qui admettent la véracité de ce que Dieu dit, qui admettent leur culpabilité, et qui invoquent Christ le seul Sauveur pour leur salut.

Mais si nous faisons comme Thérèse Humbert, qui, quand confronté à l’évidence, n’a fait que changer d’histoire, nous ne faisons que remettre à plus tard l’inévitable: notre péché nous rattrapera tôt ou tard, et Dieu nous avertit: les conséquences seront éternels.

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