Mat. 5:5 — L’héritage des débonnaires

« Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre! »

Débonnaire, douceur.

Les deux premières béatitudes ont commencé le travail de nous humilier. De montrer que le bonheur, c’est de se mettre à notre place face à Dieu, au lieu de s’en donner large, et prendre la place qui ne nous revient pas. C’est de n’avoir rien à réclamer, parce qu’au fonds, on réalise qu’on n’a rien à réclamer. Tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons nous a été donné, et en plus, nous l’avons pris et nous avons rendu le mal pour le bien. On s’est rebellé gravement devant Dieu. Nous avons encore moins que rien à réclamer de par nos péchés ignobles.

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Si les deux premières béatitudes ont été humiliantes et abaissantes, alors cette troisième béatitude vient nous écraser complètement. Si c’est humiliant de voir qu’on a besoin d’être pauvre en esprit, si c’est humiliant de réaliser à quel point on doit être brisé dans son coeur, et sentir sa misère, être dans les larmes par rapport à ses péchés, comment être plus humble encore?

Cette troisième béatitude est le test de notre pauvreté d’esprit, testé par notre entourage. C’est une chose de s’humilier soi-même personnellement devant les autres, d’admettre nos fautes aussi terribles qu’elles soient, d’avouer être digne de haine, méchants etc… C’en est une autre quand quelqu’un d’autre dit toutes ces choses de nous. Notre réaction première est de ne pas digérer une telle humiliation venant d’un autre, surtout pas d’un autre qui n’est pas mieux que nous, et de réagir négativement contre une telle affirmation par un autre. C’est plus acceptable si on s’abaisse soi-même. Qu’un autre nous abaisse, on ne le prend pas. La raison est bien simple. Quand on s’humilie, on peut très bien en ressentir une certaine gloire à s’être humilié soi-même. Mais quelle gloire y a-t-il qu’un autre nous abaisse et nous décrive avec nos problèmes? La vraie humilité, s’il y a lieu, est dévoilée. Si notre humilité n’est que dans notre humiliation personnelle, mais disparaît si quelqu’un d’autre nous fait ressentir notre bassesse, alors, ce qui est réellement dans le coeur, c’est de l’orgueil. Il est impossible d’être fier de son humilité, car quand on est fier de son humilité, l’humilité vient de disparaître.

Il en est comme de l’homme qui devait allait chercher à la gare un grand prédicateur une fois, et qui à mesure qu’il l’assistait, répétait d’une façon emphatique qu’il n’était qu’un simple homme, qu’il n’était qu’un simple serviteur, qui s’occupait simplement de ses petites choses, sans prétention, sans orgueil. Il était évident pour le prédicateur que cet homme voulait qu’on sache à quel point il était humble. La vraie humilité n’est pas vraiment consciente de son humilité, mais ressent pleinement son état indigne.

Ainsi donc, la douceur en question, cette attitude débonnaire, est l’application d’un esprit pauvre face aux autres. Cela en est la démonstration en attitude et en réaction face aux autres. La pauvreté d’esprit face à Dieu va se traduire en douceur face aux gens.

C’est complètement inconséquent et hypocrite d’affirmer qu’on a rien à réclamer à Dieu, qu’on réalise sa grande pauvreté face à Dieu, qu’on est brisé dans son coeur pour ses péchés, puis de se retourner et de se fâcher avec quelqu’un qui nous contredit, ou qui semble nous piller dessus, ou de rester fâché ou irrité avec la personne avec qui on a un désaccord. L’orgueil finit par se manifester.

Des larmes de crocodiles sont faciles à produire, mais la réalité de notre réaction et de notre attitude envers les gens vient en dévoiler la nature hypocrite.

De vraies larmes sur nos péchés se démontrent par une douceur en attitude envers les gens.

Le monde pense que c’est par l’affirmation de soi qu’on va avancer dans la vie. Se battre pour ses droits est le mot d’ordre. Le bonheur va au plus fort. Pas du tout, déclare le Seigneur. Ce sont les débonnaires qui hériteront la terre. Ce sont les débonnaires qui connaissent le vrai bonheur permanent. Le bonheur des égoïstes n’est qu’illusoire.

Être débonnaire, qu’est-ce que cela veut dire? C’est un terme peu utilisé qui semble être d’une connotation de faible, de quelqu’un qui se laisse marcher dessus, d’un simple qui manque de colonne vertébrale. Et bien, être débonnaire n’a rien à voir avec ces manières de penser.

Le mot traduit par « débonnaire », parfois aussi traduit par « doux », « plein de douceur » (Mat. 21:5; 1 Pierre 3:4) parle de puissance sous contrôle, une force brute ramenée et dirigée dans une direction précise et utile. Le terme était utilisé pour décrire les chevaux, qui autrefois sauvage et brute étaient très dangereux, mais qui une fois la volonté brisée, était docile et utile. Le cheval n’a pas perdu sa force, mais sa puissance est maintenant sous contrôle. Le cheval peut maintenant utiliser sa grande force à tirer de grand poids, ou à aller de longue distance avec son cavalier.

C’est comme la force nucléaire, au lieu d’être utilisée d’une façon déréglée, dans toutes les directions, détruisant tout sur son passage, être utilisée d’une façon très contrôlée à produire des millions de mégawatt d’électricité, ou à pousser des énormes bateaux pour des années de temps. C’est la même force, mais soit à l’état brute et déréglée, soit contenue et dirigée.

Le mot parle donc de ceux qui ont eu une bride sur la langue, sur leur esprit, sur leur caractère, sur leurs réactions, et répondent avec douceur, même sous provocation. La sagesse d’en haut a cette marque de douceur, d’être débonnaire (Jacques 3:14).

Ce n’est pas synonyme de faiblesse. Ça ne veut pas dire, manquer de colonne vertébrale, être un laissez-faire, rien ne vaut la peine de se battre, etc. Ce n’est pas contradictoire au courage. C’est une attitude personnelle. C’est le contraire d’un esprit sensible par rapport à sa personne. C’est le contraire de celui qui devient défensif, dès qu’on semble marcher sur ses doigts de pieds. C’est de ne pas avoir une certaine image à garder, un certain honneur propre. Quand quelqu’un est piqué dans son orgueil, il démontre ne pas être débonnaire.

Un débonnaire, dans le sens biblique du terme, est quelqu’un qui est pauvre en esprit, et qui en conséquence, est quelqu’un impossible à blesser personnellement. Il va toujours répondre d’une façon douce et non-provoquée. Il ne devient pas défensif, parce qu’il n’a rien à défendre, à titre personnel. Parfois, avec les gens, on se sent comme si on doit marcher sur des oeufs. Il faut qu’on fasse attention à tout ce qu’on dit, la manière qu’on le dit, la moindre erreur serait grave, chaque mot risque d’être pris de travers. Ne soyons pas comme ces gens-là. Ce n’est pas d’être débonnaire et doux, si les gens doivent faire autant attention à notre égard.

John Bunyan disait: « quelqu’un déjà à terre ne peut pas tomber. » Autrement dit, on ne peut pas aller plus bas, on ne peut pas se faire mal en tombant, personne ne peut nous pousser et nous faire tomber, et faire mal à notre orgueil, si nous nous voyons déjà au départ comme pauvre en esprit face à Dieu, n’ayant rien à réclamer, n’étant qu’une simple créature, un serviteur à qui tout a été donné, et qui ne mérite rien au départ.

Être débonnaire, c’est l’esprit de ne pas réclamer de droits personnels. C’est accepter de subir les injustices et les outrages, sans esprit de vengeance et sans réaction personnelle. 1 Corinthiens 6 dit: « C’est déjà certes un défaut chez vous que d’avoir des procès les uns avec les autres. Pourquoi ne souffrez-vous pas plutôt quelque injustice? Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt dépouiller? » Plus loin dans le chapitre, ça dit: « Tout m’est permis, mais tout n’est pas utile; tout m’est permis, mais je ne me laisserai asservir par quoi que ce soit. » Finalement, le chapitre conclut avec la raison à la racine: on ne s’appartient pas. Nous ne sommes que de pauvres esclaves, rachetés à grand prix par un Maître merveilleux qui a vu notre état terrible et par amour nous a achetés pour nous bénir.

« Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes? Car vous avez été rachetés à un grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu. » (1 Cor. 6:19-20)

Christ était débonnaire, tout en étant parfait. Alors, débonnaire ne veut pas dire un regard sur soi automatiquement, en soi, nécessairement négatif. Et si Christ était débonnaire étant parfait, combien plus nous devons l’être, nous qui sommes non seulement de simples créatures, mais aussi des pauvres pécheurs, rebelles, graciés par Dieu.

« Dites à la fille de Sion: Voici, ton roi vient à toi, Plein de douceur, et monté sur un âne, Sur un ânon, le petit d’une ânesse.» (Matthieu 21:5)

« Lui qui n’a point commis de péché, Et dans la bouche duquel il ne s’est point trouvé de fraude; lui qui, injurié, ne rendait point d’injures, maltraité, ne faisait point de menaces, mais s’en remettait à celui qui juge justement » (1Pierre 2:23-24)

Christ a dit à la croix: « pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font.» (Luc 23:34)

Même au milieu d’outrage (comme dans Jean 8:30-59), voyez la manière calme et douce qu’ils répondaient toujours selon la vérité, sans rétorquer par des injures.

Quand Moïse était attaqué personnellement, et Aaron et Myriam sont venus à lui, se plaignant que Moïse s’était fait le seul porte-parole de Dieu, Moïse n’a pas réagi. Il n’a pas pris l’affront personnellement. Or, c’est précisément là que Dieu donne le témoignage que Moïse était l’homme le plus patient sur la terre. Le concept traduit par « patient » ici, est justement l’idée de débonnaire, de douceur. Moïse n’a pas pris offense au niveau personnel. C’est Dieu qui a répondu à la plainte d’Aaron et Myriam. (Nombres 12).

David était débonnaire. Il avait la puissance, l’opportunité de se venger de Saül, mais ce n’était pas à lui la vengeance, c’était à Dieu. Lui-même ne ferait que du bien à Saül (1 Sam. 26). Il lui a toujours répondu avec douceur. Ce n’est pas comme quand il voulait se venger contre Nabal, et que la femme de Nabal l’en a empêché. David était content que la femme de Nabal lui ait empêché de faire le mal par vengeance personnel, au lieu de démontrer l’esprit débonnaire (1 Sam. 25).

Abraham était celui avec qui Dieu a fait alliance et les promesses de bénédiction (Gen 12-13). Quand ses serviteurs et les serviteurs de Lot son neveu ont eu des querelles, Abraham ne voulait pas de disputes. Il a laissé Lot choisir le premier où il voulait aller. Abraham prendrait ce qui resterait. Abraham était prêt y à perdre, il n’avait pas d’intérêt personnel à défendre à tout prix.

Isaac en fit autant vis-à-vis d’Abimélec et les bergers de Guérar (Gen. 26).

Joseph n’avait aucun compte à régler, même après avoir été vendu et considéré mort par ses frères. Il n’avait pas de blessures personnelles à soigner, seulement, de voir à ce que Dieu soit honoré, le plan de Dieu manifesté (Gen. 41-50).

Débonnaire est donc cette attitude de ne pas avoir des intérêts personnels à défendre. Ce n’est pas, ceci dit, qu’un débonnaire ne va pas avoir des intérêts à défendre. Il va avoir les intérêts de son Maître à défendre. Justement, il ne peut pas en être autrement, car un débonnaire est au départ quelqu’un de pauvre en esprit, qui est soumis humblement en tant que créature, à son Créateur de qui il a reçu toutes choses. Un débonnaire est aussi, dans notre contexte un pauvre pécheur qui était brisé dans son coeur par ses péchés et qui a goûté le salut merveilleux de Son Sauveur, à qui il doit alors, non seulement l’existence, mais aussi la vie éternelle. Alors, un débonnaire va manifester son attitude de vraie humilité par un esprit de douceur vis-à-vis de son entourage, sans avoir rien de personnel à défendre, mais tout en défendant les intérêts de Son Créateur et Son Sauveur.

C’est pourquoi Jésus-Christ est un exemple de douceur et d’un esprit débonnaire, tout en étant un homme qui s’est mis en colère, d’une colère sainte, devant l’impiété des Juifs d’avoir transformé le temple du Dieu vivant en une caverne de voleur (Mat. 21:12).

C’est pourquoi aussi, devant la tâche qui lui est confiée d’être le juge final de ceux qui refuseront le salut de Dieu, il régnera avec une verge de fer, et sa colère et son jugement vont être terrible. Il agira avec les intérêts de Dieu son Père avec ses plus hauts intérêts.

C’est pourquoi, il est dit de nous qu’on peut et on doit reprendre avec autorité les pécheurs, de confronter les péchés, et redresser les adversaires. Tout en défendant les intérêts de notre Dieu, nous pouvons et nous devons le faire dans un esprit de douceur, sans intérêt personnel à défendre, sans orgueil.

« Frères, si un homme vient à être surpris en quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez-le avec un esprit de douceur, Prends garde à toi-même, de peur que tu ne sois aussi tenté » (Gal. 6:1)

« il doit redresser avec douceur les adversaires, dans l’espérance que Dieu leur donnera la repentance pour arriver à la connaissance de la vérité » (2 Tim 2:25)

Dans ces deux versets on retrouve le mot « douceur », ici, le terme associé au mot traduit par «débonnaire » dans Mat. 5:5. Être débonnaire ne vient pas naturellement, à nous créatures déchus, centrés sur soi. C’est un élément du fruit de l’Esprit. La personne sauvée, qui est dirigée par l’Esprit, sera une personne débonnaire.

« Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance; la loi n’est pas contre ces choses. Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi selon l’Esprit. Ne cherchons pas une vaine gloire, en nous provoquant les uns les autres, en nous portant envie les uns aux autres. » (Gal. 5:22-26)

Le pauvre en esprit devant Dieu va être débonnaire vis-à-vis de son entourage. C’est pourquoi, au contraire, les manifestations de la chair sont « . . . les querelles, les jalousies, les animosités, les disputes, les divisions, les sectes . . . » Proverbes 13:10 dit, « C’est seulement par orgueil qu’on excite des querelles, Mais la sagesse est avec ceux qui écoutent les conseils. »

Conclusion

Comment va-t-on dans le test de la vie? Nos relations avec notre entourage dévoilent-elles vraiment que nous sommes pauvres en esprit? Sommes-nous sensibles, prêts à exploser, ou prêts à brûler en dedans? Avons-nous un orgueil à piquer? Comment réagissons-nous devant les critiques, justifiés, ou même injustifiés? Avec une attitude d’irritation, ou avec une attitude de douceur? C’est quasiment impossible d’émaner une attitude de douceur, avec un esprit irrité à l’intérieur de son coeur. Les personnes qui nous sont proches vont ressentir que quelque chose est de travers. C’est là que nos réactions vont dévoiler vraiment ce qui est dans le coeur.

La puissance de notre vie est-elle sous contrôle? Est-elle dirigée à défendre les intérêts de Dieu seul? Ou sommes-nous trop distraits et occupés à voir à nos petit intérêts, à soigner nos petites ou grandes blessures?

Peut-être a-t-on besoin de faire le ménage dans son coeur, et s’humilier devant Dieu, et devant les hommes, et laisser l’Esprit développer ce fruit de la douceur d’un esprit débonnaire en nous?

Si vous n’êtes pas sauvé, et n’avez pas l’Esprit de Dieu en vous, vous n’y arriverez jamais. Esclaves de votre orgueil, votre orgueil va se manifester de diverses manières, devant Dieu et devant les hommes. Si vous n’êtes pas sauvé, repentez-vous aujourd’hui, sentez votre misère, venez à Dieu tout simplement pour implorer sa grâce à votre égard, sur les mérites seules de Jésus-Christ, mort à la croix pour vous, et ressuscité.

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