Cet article est le troisième et dernier en considération de la vie et ministère de Ruben SAILLENS. (Voir le premier, et/ou le deuxième).
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Dans la dernière partie de sa vie, suite à son ministère d’évangélisation, regrettablement interconfessionnel, Ruben SAILLENS fonde l’Institut Biblique de Nogent et écrit aussi son exposé doctrinal, Le mystère de la foi. Nous verrons qu’un début d’oecuménisme se faufilera dans son ministère et ses enseignements, ce qui débutera une direction qui relativisera sa croyance en l’Evangile.
1914-1918 La grande guerre (première guerre mondiale) – Patriote chrétien.
La perspective chrétienne de Ruben SAILLENS lui fait soutenir l’effort de guerre pour la justice et la liberté, contre ce qu’il voit de la tyrannie découlant de la chute morale de l’Allemagne, due à la théologie libérale et à la haute critique auxquelles se sont tournées leurs universités. Il a l’occasion de faire des séries de réunions en Angleterre, au Tabernacle de Spurgeon, et, vers la fin de la guerre, aussi aux Etats-Unis, étant invité par l’ABFMS de la Convention baptiste du nord « à venir pour apporter un message qui explique la guerre du point de vue d’un chrétien français » (MWS, p. 208). Son épouse aura aussi l’occasion de parler lors de réunions de dames.
Devant des foules diverses, que ce soit de soldats, de milliers de pasteurs baptistes, de congrégations, etc., beaucoup de coeurs sont touchés par sa manière de tourner l’occasion patriotique et la cause de justice et de liberté au besoin de venir à Christ pour les perdus et de réveils pour les convertis.
« Après avoir démontré comment Dieu ne peut pas laisser le crime régner sur la terre, et réclamé les prières des Américains pour les combattants français, l’homme de Réveil fit appel à la vie religieuse de ses auditeurs : ‹ La plus grande chose que vous puissiez faire pour nous c’est de recevoir le Christ lui-même dans vos églises. Qu’on sache de par le monde que l’Amérique s’éveille, que l’Amérique chrétienne est sur les genoux. Vous avez une puissance que vous avez peut-être un peu oubliée, c’est pourtant votre plus grand capital: ce rocher de Plymouth, dans la baie de Massachusetts. Revenez à l’esprit des Pères Pèlerins, revenez à la Bible, à la Croix, en confessant vos péchés. Gagnons la victoire, non par l’orgueil, mais par l’humilité aux pieds de Jésus-Christ ! › » (MWS, p. 212)
Dans les années qui ont suivi la guerre, les contacts faits aux Etats-Unis vont permettre la formation d’une école biblique qui était chers non seulement à Ruben pour la formation d’ouvriers, mais aussi à Jeanne, pour la formation de femmes pour le ministère, le nombre de jeunes femmes célibataires étant anormalement élevé dû aux pertes élevées des hommes au combat lors de la guerre de 1914-1918.
1921-1939 Institut biblique de Nogent-sur-Marne
Avec des dons d’un couple (des chrétiens fondamentalistes américains), l’école est inaugurée le 26 octobre 1921. Pourtant bien motivé pour contrer un départ de la foi en la Bible, l’institut est dés le départ inter-confessionnel, très triste continuation d’écart à la grande commission, comme nous avons vu précédemment. Même si peu au début, le sel commence à perdre de sa saveur, et ce n’est qu’une question de temps de la perdre au complet, au profit d’un évangile inclusif, que ce soit par naïveté ou par conviction.
« L’Institut est fondé sur une base doctrinale très stricte et, cependant, les directeurs de l’Institut de Los Angeles ne trouvent pas sa confession de foi aussi explicite que celle des ‹ fondamentalistes américains ›. ‹ Ce qui fait hésiter le Docteur Torrey, écrit A.-C. Dixon, à s’intéresser à l’Institut Biblique de Nogent. ›
Par la suite, les rapports entre le Docteur Torrey et Nogent deviennent de plus en plus cordiaux, si bien que Torrey fait bientôt partie de l’Association cultuelle de l’I.B.
La base théologique de l’école biblique reste la même que celle des Cours bibliques et des Conventions : ‹ Le Christ tout entier dans la Bible tout entière ›. Cette devise est affichée dans la salle de cours de l’Institut. » (MWS, p. 230)
1931 Publication de son exposé doctrinal : le mystère de la foi.
Le mystère de la foi (2e édit. 1963), par Ruben Saillens
(lien pour PDF OCR) (1ère édition,1931, disponible à lire en ligne)

Dans son ensemble, Le mystère de la foi est vraiment un très bon, voir même souvent excellent, exposé doctrinal de la foi et de toutes les doctrines principales, seulement, ça laisse la porte entre-ouverte à certains égards (c’est comme s’il ne voulait pas toujours enclencher la porte et prendre définitivement position…, comme avec le fait qu’il n’ait jamais voulu exposer directement Philémon Vincent pour ses faux enseignements) :
– les doctrines bibliques de l’église universelle et des églises locales sont clairement exposées (dans la deuxième édition)1, mais sans jamais clairement en appliquer les principes (puisque l’Institut Biblique est inter-confessionnel).
« Même dans les Eglises dites de professants, on découvre parfois des déviations graves de la doctrine et de la discipline. Il existe cependant, grâce à Dieu, des Églises fidèles à l’Ecriture et à la foi primitive. C’est à former de telles Eglises et à maintenir entre elles l’unité spirituelle et l’amour fraternel, que les efforts des évangélistes et des missionnaires doivent tendre de plus en plus. »
« La Création, telle qu’elle est présentée dans la Genèse, et telle qu’elle s’offre à nos regards, est la manifestation de l’Esprit dans la matière, de l’invisible dans le Visible. […] La Création tout entière n’est autre chose que la Pensée divine manifestée dans une infinité de formes et de substances. Il y a des formes de vie qui ont disparu (les fossiles) pour faire place à des formes plus complètes et plus harmonieuses. Mais ces formes abolies étaient, dans leur ordre, et pour leur temps, des oeuvres de Dieu aussi parfaites, et aussi admirables, que celles qui leur ont survécu. » (page 28)
Si seulement il était allé lui-même au bout de ce qu’il écrivait… Mais, non, il reste un peu vague et ne fait pas pleine application. Nul part dans son livre sera-t-il même mentionné le nom d’« église baptiste » et donc, il ne le dira jamais tout fort dans son exposé doctrinal que ces « églises fidèles à l’Ecriture et à la foi primitive » ont été souvent à travers l’histoire connues sous l’épitaphe d’« églises baptistes » et que les « telles églises » à former et à maintenir devraient donc être des églises dites « baptistes ». . ● Vis-à-vis des dons charismatiques, il ne donne pas d’arguments bibliques (comme 1 Cor. 13) pour leur cessation complète, simplement, l’emphase est qu’il n’y en a pas du tout besoin, car nous avons la Parole de Dieu maintenant complète (pages 158-159). . ● Vis-à-vis de la création telle que la Bible en parle, ou nos origines selon la théorie humaniste de l’évolution, il affirme très clairement d’une part que la Bible est claire sur la manière que Dieu a tout créé directement, etc. Mais en même temps, il prend pour acquis que ça s’est fait selon les étapes progressives que prétendent les évolutionnistes (voir pages 28; 166-168)
« Tous les faits que nous venons d’énumérer, et bien d’autres, prouvent que l’homme n’est pas le produit de l’évolution animale, comme le prétend la théorie moderniste.
1. — Il n’existe aucun fait dûment constaté, par lequel on puisse affirmer avec certitude le passage d’une espèce animale dans une autre, à plus forte raison la transformation d’une espèce animale en espèce humaine. Les analogies entre certaines espèces prouvent simplement que le Créateur a procédé méthodiquement, par degrés, produisant des formes de plus en plus développées, et faisant disparaître certaines créatures dont la tâche était finie, pour faire place à d’autres. […]
2. — Jésus ayant nettement confirmé le récit de la Genèse (Matt. 19 : 4-8), il n’est loisible à aucun chrétien de le mettre en doute. Cela devrait nous suffire. Mais en outre, il est bon de remarquer que l’hypothèse de l’Evolution est la négation de la Chute, et par conséquent, de la nécessité de la Rédemption. Rien n’est plus contradictoire que ces deux théories : d’après la Bible, l’homme est tombé ; d’après la doctrine évolutionniste, l’homme monte … (pages 166-167; voir aussi 168 et la note 2).
On a l’impression qu’il dit que Dieu a totalement raison, mais que les évolutionnistes n’ont pas entièrement tort… En somme, il semblait croire à un genre d’évolution théiste, ou une création divine par étapes progressives (à la sauce évolutionniste).
● Quasiment à l’encontre de ce qui est dit plus loin dans son livre, R.S. laisse parfois très vague le besoin d’entendre spécifiquement la Parole de Dieu.
« Toutes les conversions authentiques ont été produites par la Parole de Dieu adressée à la conscience et au cœur, et rendue efficace par le Saint-Esprit. Cette parole peut n’avoir consisté qu’en une phrase, un mot ; bien plus : elle peut n’avoir pas été prononcée **; mais avoir été simplement rappelée par l’exemple d’un chrétien fidèle, la vue d’un chrétien mourant, le sourire ou le rayonnement d’un regard de martyr (1). Cette semence porteuse de vie a suffi pour réveiller la conscience de l’incroyant, pour émouvoir son cœur, pour lui faire désirer la vie surnaturelle, pour faire naître en lui la première prière, celle que Dieu exauce toujours. Plus tard viendront des difficultés intellectuelles que ce nouveau converti ne soupçonne peut-être pas ; mais il est né de nouveau ; le miracle s’est opéré, par lequel cet être de chair est devenu un enfant de Dieu. Il ajoutera, si Dieu le laisse sur la terre, la connaissance à la foi ; il sondera les Ecritures, il s’instruira… Mais la connaissance, nécessaire au développement de la foi, serait inutile sans elle. » (p. 19) **[[pas selon Romains 10:14, etc !!]]
Dans la même veine, il laisse aussi la porte ouverte parfois à ceux dont la profession de foi ne serait pas, pour le moins, des plus clairs ou bien-fondée, i.e. Blaise Pascal, qu’il prend pour un chrétien et qu’il cite souvent (p. 12, 20, 61, 68,71,72,94, 201) jusqu’à lui dédier un long texte en appendice (voir Appendice C). Regrettablement, nous déplorons son manque de jugement et, malheureusement, sa naïveté pour dire que la foi de Pascal semblait essentiellement évangélique à cause de ses méditations sur la mort de Jésus, même s’il ne s’était pas « entièrement affranchi » de Rome. Car, actuellement, Blaise Pascal, pour lui-même, ne se voyait pas du tout affranchi de Rome; il croyait entre autres dans le baptême régénérant, dans le sacrement de la messe, et le besoin de faire partie de l’Église Catholique…
« Le corps n’est non plus vivant sans le chef, que le chef sans le corps. Quiconque se sépare de l’un ou de l’autre n’est plus du corps, et n’appartient plus à JÉSUS-CHRIST. Toutes les vertus, le martyre, les austérités, et toutes les bonnes oeuvres sont inutiles hors de l’Église, et de la communion du chef de l’Église qui est le Pape. » (Blaise Pascal, Pensées, XXVIII) (http://kaempfer.free.fr/oeuvres/pdf/pascal-pensees.pdf)
Ceci nous introduit, sobrement, à la prochaine section.
L’oecuménisme et l’ouverture aux Catholiques
« Lorsque la chapelle de Nogent fut inaugurée, le Maire de Nogent, Pierre Champion, conseiller général de la Seine, historien et littérateur, assista à la cérémonie et même y prit la parole avec beaucoup de coeur. Les relations de ce bon catholique avec le directeur de l’Institut biblique restèrent plus que cordiales : « Mon cher pasteur et ami », écrivait Pierre Champion le 1 er janvier 1939, « je suis si touché des voeux que vous voulez bien m’adresser. Permettez que je me tourne vers vous avec respect et tant d’affection … et je ne veux pas oublier votre femme qui parle si bien qu’elle est la voix de la sagesse qui se ferait tendre [… entendre]; je n’oublie ni vos élèves, ni votre Eglise que j’associe aux valeurs spirituelles dont notre pays a tant besoin. Mes respects et mes amitiés. Pierre Champion. »
Une des visites dont R. Saillens aimait le plus à parler était celle qu’il rendit à Charles Peguy. Il avait été frappé par ses écrits dans les Cahiers de la Quinzaine et voulait aller l’interroger en ami. ‹ Le trouvant dans son petit bureau qu’il ouvrait si facilement à tout visiteur, nous lui demandâmes si ce qu’il écrivait était uniquement inspiré par le sentiment de la beauté littéraire des évangiles, ou s’il croyait à leur historicité et à leur inspiration divine. Me regardant en face, il me répondit aussitôt: « Je crois à l’Evangile comme un vrai chrétien y croit. Je suis revenu à Dieu par la voie qui s’ouvrait naturellement devant moi. J’ai été élevé dans la foi catholique ; je suis venu à Dieu par ce chemin. Si j’étais né protestant, j’aurais probablement pris votre chemin. J’ai beaucoup de d’amis parmi les protestants et je me sens uni à vous par ce qui importe vraiment ». Ce n’était ni le moment, ni l’occasion d’approfondir ces choses, mais nous sortîmes de cette entrevue avec l’impression générale qu’il était un vrai Nathanaël, un vrai disciple de Jésus-Christ, que Dieu emploierait pour faire de grandes choses dans notre pays. › [The Soul of France] » (MWS, p. 329-330).
« La personnalité de R. Saïllens attira à la rue Saint-Denis des membres d’autres Églises protestantes, et bien que la grande majorité des membres continuassent à se recruter parmi les catholiques non pratiquants ou les libre-penseurs, RS. fut accusé de détourner les membres d’autres Églises.» (MWS p. 110).
« C’est cette déclaration de foi en la Bible… et rien que la Bible, que R. Saillens opposa à des catholiques qui lui demandaient de les soutenir dans leurs efforts pour répandre la Bible chez les catholiques : M. le professeur Raymond Chasle et Mme Madeleine Chasle. R. Saillens dut, à son grand regret, refuser à cette dernière de préfacer un de ses livres : « Vous dites, vous, la Bible et la Tradition, et nous disons : la Bible, toute la Bible, rien que la Bible », et il ajoutait : « La parole du Pape n’aura jamais pour nous la même valeur que celle de la Parole de Dieu. » (MWS p. 155). [[Quant à ce qu’il dit sur la parole du Pape, c’est vrai, mais ça semble faible… Parlerait-on de la parole d’un apostat, ou d’un faux prophète comme simplement n’étant pas de la même valeur que la Bible ?]]
« Parmi tous les témoignages que nous avons recueillis, nous citerons la description d’un pasteur, venu en spectateur à la troisième Convention de Chexbres, en 1909 :
‹ De larges pentes, ondulées, très vertes, parsemées de villas, descendant par des vignes jusqu’aux nappes bleues, étincelantes, du Léman. Par-delà, émergeant de l’atmosphère vapoteuse, noyée de soleil, les hauts sommets des Alpes, de Savoie, les Dents du Midi, les Aiguilles brillantes de la chaîne du Midi : tel apparaît Chexbres au sortir du wagon. Près du temple paroissial, en pleine prairie, se dresse une tente conique gigantesque, blanche. En y pénétrant les yeux encore pleins de soleil, on n’y distingue rien… peu à peu apparaissent, sortant de l’ombre, d’abord la tête blanche du conducteur de la Convention, le pasteur Saillens, puis à ses côtés, les leaders du mouvement ; le pianiste et l’organiste, qui, tout à l’heure, dos à dos, vont se pencher en cadence sur leurs instruments ; derrière, en écharpe, un choeur mixte nombreux. À l’entrée des bureaux de poste et de renseignements, des étalages où se vendent les ouvrages des chefs de la Convention. Puis, au centre, le public, une mer de têtes.‹ En cherchant une place, on risque un coup d’oeil à l’entour. Quelle bigarrure ! Voici les habitués des réunions religieuses, mais il y a beaucoup d’inconnus de beaucoup de provenances et de beaucoup de langues, des paysans, porteurs de leurs paniers de provisions, des malades de Chexbres, des citadins venus de Lausanne, Vevey, Neuchâtel ; ici un pasteur national, là un pasteur libre, là une manipule de salutiste, là des chefs dissidents”, puis des clergymen, un prêtre catholique qui tout à l’heure va chanter des poésies du Réveil, un archimandrite grec, hors portée de son patriarche, des jeunes Arméniennes en fichus rouges, des missionnaires, des représentants de 18 nations différentes… Un organisateur en cocarde passe, il me souffle à l’oreille : » Nous sommes 1.700, ce soir nous serons 2.000 ! »
‹ M. Saillens dirigeait toutes ces assemblées. II l’a fait avec une grande présence d’esprit, visiblement connaisseur de la psychologie des foules, habile à les conduite, capable de 2 107 hautes envolées. ”.
‹ Nous avons entendu des discours pleins de feu, de foi et de vie. Tout n’était pas d’égale valeur, on a pu remarquer certaines affirmations tranchantes, d’un dogmatisme dépassé, du moins de ce côté-ci du Jura…
‹ Pour dire sincèrement mon impression, j’avoue que ce qui m’a le plus frappé dans cette assemblée, c’est l’assemblée elle-même, cette foule anonyme à la fois recueillie et ardente, qu’on sentait profondément tourmentée par la recherche du divin. C’est elle, c’est son élan, qui a donné à la Convention sa beauté et sa puissance. Nous nous réjouissons à la pensée qu’à Chexbres on a appris à mieux aimer le Christ, parce qu’en l’aimant mieux on le comprendra mieux, et qu’en le comprenant mieux on fera tomber les barrières élevées par une conception encore trop intellectualiste et trop particulariste de la religion. Et alors, dans les Conventions futures, on verra des orthodoxes immaculés, et des hérétiques de marque, réunis par le même amour pour le Maître, chanter ensemble et ne plus craindre de boire à la même coupe. › » (MWS p. 165-166)
« Cette union des coeurs et cette atmosphère de haute spiritualité firent tout naturellement désirer, à beaucoup de chrétiens, de terminer la Convention par un service de Sainte-Cène. R. Saillens s’y opposa toujours, non pas tant à cause de sa conception spéciale de l’Église, que pour éviter de froisser d’autres chrétiens.
La Convention ne faisait, en cela, que suivre l’exemple des Conventions de Keswick, de Northfield, et même de Moody, l’homme oecuménique entre tous. ‹ On ne pourrait provoquer une manifestation d’unité, à laquelle ne pourraient se joindre, par suite de convictions regrettables, selon nous, mais respectables ›, écrit D. Lortsch, ‹ ni les Quakers, ni les Luthériens stricts, ni les Anglicans de la Haute Église, ni les Baptistes stricts, ni les Orthodoxes grecs, ni les Catholiques romains, ni les Hinschistes (plusieurs de ces confessions étaient représentées à Chexbres). C’est-à-dire qu’on ne veut pas faire de la désunion sous couleur d’union. ›
Cette raison de n’exclure personne, R. Saillens l’invoque aussi pour le choix de certains sujets qui ne sont pas de première importance et qui pourraient amener discussion et division, comme ‹ élection et libre arbitre ›, qui lui avait été proposé. » (MWS 175-176; voir aussi p. 192)
« La manière d’entrer en contact avec l’auditoire varie à l’infini. Tantôt R. Saillens commence par raconter une histoire, un fait divers dont on parle, ou bien il pose une question. À Bruxelles, dans une salle de concert louée par des chrétiens pour une série de conférences, sachant qu’il devra affronter un public très bien élevé et très catholique, il monte à la tribune une Bible à la main et commence aussitôt : ‹ Vous le voyez, chefs auditeurs, je me présente devant vous avec un livre qui est la traduction de la Bible par l’abbé Crampon; sa traduction est très exacte, et je m’étonne qu’après ce magnifique labeur, il ait pu rester ce qu’il était, mais je suis bien sûr d’une chose, c’est que lui et moi nous nous retrouverons ensemble dans cet au-delà où il n’y a plus de prêtres, ni de pasteurs174 . › » (MWS, p. 296-297)
« Le Rayon apporte l’Évangile à plus d’un foyer, où il était le seul message de vie spirituelle. Sa neutralité ecclésiastique lui permit de compter au nombre de ses abonnés des enfants catholiques et même des couvents. » (MWS, p. 263)
CONCLUSION
Les fautes de Ruben Saillens sont tout autre celles de Philémon Vincent. Entre ces deux pasteurs baptistes, certes, c’est le jour et la nuit. C’est la différence entre un berger et un loup cruel. Mais le berger n’a pas fait ses devoirs et n’a pas exposé comme il faut le loup cruel, et les brebis ont fini par être éparpillées et dévorées…
En somme, sur la vie de Ruben et Jeanne Saillens, nous apprécions la force et le biblicisme de nombreux cantiques qu’ils nous ont laissés, la ferveur évangélique qu’on y retrouve, reflétant une si grande mesure de passion pour les perdus, d’amour pour la Parole de Dieu, et de dévouement à proclamer le besoin d’obéir à Christ; seulement, le choix de certains compromis et certaines faiblesses ont mis en place un début de glissement, que d’autres dans la suite vont accentuer. En fermant la porte, ils ne l’ont pas, pour ainsi dire, « enclenchée » complètement dans leurs prises de positions bibliques. Même si la porte était essentiellement fermée sur bien des faux enseignements, il n’en fallait pas beaucoup pour que, n’étant pas enclenchée, la porte se rouvre peu à peu, jusqu’à laisser passer éventuellement les erreurs doctrinales qui ruineront l’évangile, et que celui-ci, auquel ils étaient si fermement attachés, et si fortement motivés à faire connaître, ne devienne que des paroles pieuses, inclusives, sonnant bien, mais vides de sens.
L’église qu’il a commencée, et qui sera la première à sortir de l’union baptiste et se dissocier des églises baptistes qui ne voulaient pas se positionner clairement quant à l’infaillibilité de la Bible en tant que la Parole de Dieu, sera la première à avoir une femme pasteure, Madeleine Saillens-Blocher (fille de Ruben Saillens) et éventuellement, retournera aussi à travailler avec les églises de la Fédération baptiste à travers la coopération entre Jacques Blocher (petit-fils de Ruben Saillens) et Henri Vincent (fils de Philémon Vincent) dans les efforts d’« évangélisation » de Billy Graham, qui promulguera si efficacement un évangile « tout-à-tous » inclusif (voir livre À la dérive quant à l’évangile, les chapitres qui se rapportent directement à Billy Graham).
Les Saillens, n’étant ni de strictes baptistes, ni moins encore de strictes fondamentalistes, n’étaient donc pas de strictes biblicistes. Un élément important qui manquait dans leur obéissance à Dieu était le séparatisme auquel Dieu nous appelle : « Je vous exhorte, frères, à prendre garde à ceux qui causent des divisions et des scandales, au préjudice de l’enseignement que vous avez reçu. Eloignez-vous d’eux » (Romains 16:7). Combattre pour la foi de l’Evangile (Phil. 1:29) implique être vigilant et enseigner à ses brebis « tout le conseil de Dieu » (Actes 20:27-30), sans se forcer à en taire des parties pour se donner une plus grande audience.
Ils étaient, pourrait-on dire, des quasi-fondamentalistes : ils croyaient la Bible de tout coeur, avec passion, comme les fondamentalistes…, mais sans vouloir l’appliquer d’une façon conséquente dans leurs actions et associations. Ceci a commencé à leur donner un manque de vigilance et de discernement, un certain flou, sur la foi chrétienne chez ceux qui la professaient, tant protestants que catholiques.
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NOTE:
- Le chapitre 7, sur le mystère de l’Eglise, n’était pas dans l’édition originale, mais on l’a rajouté dans la deuxième édition, prise d’une brochure sur le sujet que Ruben Saillens avait écrit en 1938. Juste le fait d’avoir écrit son exposé doctrinal sans avoir vraiment traité de la question de l’église pourrait suggérer une hésitation à prendre position sur le sujet, peut-être parce qu’il avait des convictions baptistes, mais avait préféré les mettre de côté pour avoir une plus grande audience. Tout au moins il a écrit plus tard la brochure sur le sujet que les éditeurs ont pris pour en faire le chapitre 7 de cette deuxième édition, sur le mystère de l’Église, sortie une vingtaine d’année après sa mort. ↩︎
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Cet article est tiré du cours d’Histoire de l’Église, particulièrement des églises baptistes.
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